Philippe Durand : International Vegetal

L’exposition de Philippe Durand à la galerie Laurent Godin à Paris se concentre sur une dimension à la fois iconographique et politique chère à l’artiste depuis ses débuts : visiter avec une fausse ingénuité les marges du monde moderne. Les mauvaises herbes qu’il traque dans les recoins des villes sont une figure inversée des nombreuses publicités qu’il s’est longtemps plu à dénicher dans les campagnes, comme s’il fallait aller au bout d’une démonstration sur l’inversion des codes. Toutefois, ce champ-contre champ de la nature et de la cité moderne n’aboutit pas au statu quo. L’exposition « Mauvaises herbe » tend à démontrer qu’au petit jeu des rivalités, ce sont les plantes que l’on appelle aujourd’hui « pionnières » qui raflent la mise. Au sous-sol de l’exposition, on ne peut qu’en convenir : les herbes envahissent les lignes électriques et téléphoniques, la nature reprend ses droits sur la communication.

Les plantes qui occupent l’herboriste Philippe Durand sont en partie une grande allégorie de la néo-colonisation. Photographiée dans divers endroits du monde, l’internationale végétale gagne donc du terrain, c’est une marche lente et silencieuse, que le cinéma ne pourrait pas raconter (trop rapide), ni la littérature (trop narrative), seule la photographie a entamé avec quelques artistes perspicaces la description de la colonisation finale, non sans humour, comme le montre ce mur aux affiches déchirées et dont le hasard dessine une vague, mais néanmoins reconnaissable carte du monde.

Illustration : Philippe Durand « Mauvaise Herbe », exposition galerie Laurent Godin jusqu’au 12 mars 2011.

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