Révolte dans la Vitrine : les Lansetkòd de Leah Gordon

Pour son nouvel accrochage, La Vitrine de la SFP présente une photographie de Leah Gordon intitulée Lansetkòd (les lanceurs de cordes).
Leah Gordon est une artiste anglaise née en 1959 à Ellesmere Port, ville industrielle entre Liverpool et Manchester. Après des études à la Polytechnic of Central London, elle s’oriente vers la musique. Sa passion pour la photographie l’amène, dans les années 1990, à l’étude du photo-journalisme. En 1991, elle entreprend son premier voyage à Haïti où elle découvre le Carnaval de Jacmel, fête pendant laquelle les hommes, déguisés en femmes ou en créatures hybrides, envahissent les rues de la ville.



La Vitrine de la SFP, décembre 2010. TDR

La photographie exposée dans La Vitrine est extraite de Kanaval : Vodou, politique et révolution dans les rues d’Haïti, ouvrage publié en 2010 peu après le tremblement de terre. Mélangeant photographies et histoires orales enregistrées par Leah Gordon, ce livre réunit des textes de plusieurs auteurs. Le chapitre écrit par Katherine M. Smith est consacré au personnage du Lansetkòd, figure commune des parades antillaises. Comparés « à une horde de bestiaux damnés tirés de l’enfer vers Haïti », « ces cow-boys primordiaux avec leur fouet et leurs cornes de bétail (...) font irruption le dimanche au milieu des après-midi endormis pour semer le chaos » pendant le Carnaval (p. 71). Mélangeant histoire, vodou et masculinité, ces personnages rejouent ainsi les grandes batailles de la Révolution à travers le prisme du rôle des sociétés secrètes dans l’incitation et l’entretien de la révolte. Cette relation entre Lansetkòd et société secrète se manifeste par le déploiement de « l’esthétique Bizango » définie comme un ensemble de signes provoquant la peur chez celui qui la regarde. « Tirant son pouvoir du spectre de l’histoire, l'esthétique Bizango déploie une iconographie faisant référence à la mémoire de l’esclavage » (p. 80). Le Lansetkòd n’est pas seulement une figure de la peur, il peut aussi par sa ressemblance aux Gédé, famille d’esprits englobant tous les aspects de la vie, représenter la masculinité. « Chaque participant modèle son corps individuel et « imparfait » pour en faire un uniforme idéal de musculature et de masculinité » (p. 88). La transgression et le désordre paradent donc sous les signes apparents de la discipline et de la force militaire. Ce jeu avec l’autorité trouve pourtant sa limite : « A la fin de leur parcours, les Lansetkòd retournent vers la mer (...). Leur masque féroce de noirceur se dissout dans l’eau » (p. 88) : « le Carnaval est mort, vive le Kanaval» (p. 11).

Katherine M. Smith, « Lansetkòd : Mémoire, Mimique, Masculinité » in Leah Gordon, Kanaval : Vodou, Politique et Révolution dans les rues d’Haïti, London, Soul Jazz Publishing, 2010, p. 71-93. Lire aussi le billet de Marion Duquerroy sur la sortie du Livre en juillet 2010.

A voir dès le 1er décembre 2010, 71 rue de Richelieu, 75002, métro Bourse, 7 jours sur 7, 24h sur 24.


La Vitrine de la SFP est soutenue par le laboratoire digital Janvier (tirage Fine Art sur papier Ilford Gallery) et les Ateliers de l'Image Collée (contrecollage sur aluminium).



Commentaires

1. Le mercredi 24 novembre 2010, 18:00 par Allison Huetz

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