Rusk, Moujik IV, Hector et les autres…

Antoine Schneck, Rusk Seban, © Antoine Schneck.

Le Musée de la Chasse et de la Nature présente, jusqu’au 26 septembre, une saisissante galerie de portraits canins réalisés par Antoine Schneck. Bouledogues, bergers, nizinny, bichons, colleys, bassets, labradors, lévriers, dobermans, épagneuls, pékinois, terriers et autres meilleurs amis de l’homme – politique, culturel - se sont ainsi prêtés au jeu de l’objectif du photographe. Si la dimension ludique du projet séduira le grand public (beaucoup s’attacheront ainsi à vérifier la véracité du vieil adage « Tel maître tel chien »), sa force de cohésion provient d’abord du protocole sériel mis en œuvre par l’artiste avec une grande rigueur. Cherchant à dresser ce singulier inventaire durant deux années, il portraiture les chiens comme les humains de ses précédentes séries : semblant chaque fois poser en majesté, les traits des animaux de compagnie émergent systématiquement d’un fond noir, abstrait de l’environnement. Un projet derrière lequel on décèle un fort penchant cynophile.

Soixante neuf regards brillants rencontrent celui du visiteur. Répartis en trois rangées, les chiens nous dévisagent, truffe humide et moustaches soyeuses, placés au milieu de cadrages frontaux. La dimension des tirages (100 x 100 cm) et leur répartition dans l’espace sous forme de « all over mural » favorisent une homogénéité formelle.

Le choix de cet animal est pertinent au regard de la société contemporaine qui lui voue un engouement manifeste. Il renoue également avec certaines légendes. Dès 60 avant J-C, le géographe grec Strabon relate l’existence d’une tribu éthiopienne mi-homme mi-chien, faisant écho aux croyances antiques et égyptiennes, respectivement incarnées par les dieux Anubis et Hermanubis, munis d’une tête de chien et d’un corps d’homme. Sur le plan symbolique, la figure du chien est double : véritable allégorie du guide, de la constance et de la fidélité, il cristallise également le caractère irraisonné de l’humanité, dont il constitue un sujet inépuisable de représentation à vocation morale. Loin des représentations canines de William Wegman (lui-même probablement influencé par Tom Belling), les photographies d’Antoine Schneck condensent cet héritage, en éludant tout mimétisme par l’uniformité du dispositif visuel.

Antoine Schneck est parvenu à freiner la tentation de l’anthropomorphisme pour nous livrer un manifeste qui montre que, contrairement aux propos de Victor Hugo, le sourire du chien n’est pas que dans la queue. Libre au spectateur de reconstruire alors la biographie de tous ces protagonistes, comme a pu le faire Renaud Camus sous forme d’un bel hommage dédié à son ami disparu (Vie du chien Horla, POL, 2003) ; car toutes ces dignes apparitions juxtaposées comme autant de vignettes semblent nimbées d’un arrière plan aux multiples interprétations.

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