“L’HYPOTHESE” D’ERIC RONDEPIERRE

Il se pourrait bien que l’expression de « l’hypothèse » - nouvel ouvrage en ligne d’Eric Rondepierre - porte aussi l’empreinte d’une hyperthèse. Autour de ces « confidences » virtuelles où se trament - peut-être - quelques révélations, l’artiste se livrerait-il comme en un livre ouvert ?

La thèse de départ est celle d’un regard dans le rétroviseur de l’introspection. Le prétexte à cette histoire, un flash back : « L’artiste s’arrête quelques instants sur vingt ans de production photographique et contemple son oeuvre. Une sorte de traversée narcissique du miroir qui est aussi une plongée à l’intérieur d’un film qui manque. Du moins c’est l’hypothèse » écrit-il en préambule.

S’intercalent alors textes et images. Le codex iconographique comprend un large spectre de productions, depuis les premiers « arrêts sur image » photographiques (Le Voyeur « Excédents », 1989) jusqu’aux réalisations les plus récentes (Photographie « Seuils », 2008), voire inédites (Simple appareil, n.d.). La série éponyme (« Hypothèses ») est pourtant absente de cette nouvelle suite assemblant les pièces du puzzle de façon inédite. « Puzzling » ?

La présentation chronologique des séries est parfois anarchique ; car pourquoi ne pas formuler l’hypothèse d’un temps élastique, permettant aller et retour entre le début et la fin (avec rembobinage à la clé) ? Des fils narratifs se tissent par endroits. Des trous noirs laissent d’autres zones dans le flou. Ainsi, le lecteur se retrouve comme le spectateur d’une œuvre d’Eric Rondepierre : invité à moduler ses certitudes, peut-il tout voir en même temps ? C’est seulement dans un deuxième moment qu’il semble percevoir certains enjeux captés lors d’une vue préalable.

La reprise est au centre de son Œuvre. La reprise est encore l’objet de ce nouveau travail hybride, entre texte et image. Promenant son regard dans les mondes perdus du cinéma, Eric Rondepierre a su, chaque fois, prélever l’image fugitive d’un instant caché dans le flux temporel du défilement (de la fiction ou de la vie). Déplaçant la ligne de mire, il parvient à recomposer des paires qui n’existaient pas encore.

Evoquant ce travail de pétrification, c’est cependant l’antithèse de Méduse qui vient à l’esprit. L’image n’est pas statufiée mais révélée. Et si le procédé de récupération filmique a modifié en partie leur champ d’appartenance, ces images ne sont pas détruites. Au contraire, il en fait naître de nouvelles. A la figure de l’assassin, je formule l’hypothèse inverse : plus qu’un reproducteur, Eric Rondepierre serait un géniteur d’images. Fusionnant ses propres prises photographiques aux reprises filmiques, il poursuit à présent les « souvenirs-écrans » qui peuplent son univers.

Jolie synthèse que cette « Hypothèse » où se croise une foule d’images pour formuler, à l’autrefois, d’autres narrations possibles.

Commentaires

1. Le mardi 15 décembre 2009, 08:57 par herwann

oui j'ai également bien apprécié cet ouvrage, à découvrir chez Publie.net avec d'autres écrits d'ailleurs

www.blogculturel.com/arti...

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : https://sfp.asso.fr/vitevu/index.php?trackback/317

Fil des commentaires de ce billet