Point du Jour, Cherbourg de nuit

Nombre d’officiels avaient fait le voyage de Cherbourg pour inaugurer le centre d’art consacré à la photographie dont le nom Le Point du Jour centre d’art éditeur porte la marque de la maison d’édition qui lui a donné naissance. Militant et forçant la bienveillance, le projet fait la synthèse des aides publiques et des expérimentations artistiques. Le résultat consiste en un bâtiment d’architecte (Éric Lapierre) au format d’une vaste maison agencée en grands volumes intérieurs s’ouvrant sur la ville, l’école des beaux-arts et sa chapelle qui en sont voisines.

Le revêtement extérieur de la construction n’a pas fini de faire parler, puisque le choix d’un flocage d’aluminium lui donne un aspect brillant mais pauvre. Ce paradoxe dit pourtant beaucoup sur l’époque, où le matériau isolant s’y découvre une fonction décorative.

Lieux d’exposition mais aussi d’information et d’étude, le centre dispose d’une bibliothèque et peut accueillir des conférences et des rencontres. Les cimaises bénéficient d’une réelle hauteur. La plus grande salle monte ainsi jusqu’aux structures du toit, traitées en couleur noire répondant à la teinte du sol (un bitume similaire à celui de nos chaussées). Minimaliste, dira-t-on, ce centre a quelque chose d’une chapelle cistercienne. On y voit pourtant des images et le monde s’y pressait samedi après-midi jusqu’à la nuit tombée.

L’exposition regroupe les commandes publiques passées par la ville sous la houlette du Point du Jour depuis 2003. Les artistes, leurs parcours et leur production dans ce contexte témoignent d’une franche diversité sur le plan générationnel, national et même technique voire disciplinaire (Yves Belorgey est un peintre, Jordi Colomer montre une vidéo). Néanmoins, cette exposition inaugurale affirme aussi un goût, celui d’une photographie réfléchie, où la ville se parcourt mais n’impose jamais son rythme. Il y est donc question de paysage, de portrait, d’architecture, de rue, de quelque chose qui ressemble à un « genre » entre street photography et vedute où se mêlent la tradition du documentaire social et l’art conceptuel. Les éléments sont orchestrés sans obéir aux règles de la consonance, il faut alors parcourir toute l’exposition pour voir se jouer la symphonie d’une grande ville.

Pour qui s’est rendu alors à Cherbourg pour la première fois, la fête était complète. On pouvait ainsi croiser en gare des artistes parfois flanqués d’historiens ou d’étudiants dont l’allure donnait l’impression d’un remake de Husbands (Casavettes, 1970). Le long des quais du port, où l’on atteint les restaurants, le vent soufflait avec la force d’un Consul.

Illustration: PLR, DR.

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