Monique Deregibus : formes de la fatalité

  

Dans le cadre de Septembre de la photographie à Lyon, Monique Deregibus propose l’exposition « Aux habitants des villes » au centre d’art de Saint-Fons. L’ensemble se compose d’images extraites de son imposant travail publié sous la forme d’un livre – "Hôtel Europa" – ainsi que d’une série inédite consacrée à Las Vegas. Les grands tirages d’Hôtel Europa se distribuent en deux ensembles « topographiques » : les vues de Sarajevo et celles d’Odessa auxquels s’ajoute l’unique image (un wagon ouvert, faisant fenêtre sur l’infini) réalisée à Marseille. Lors d’une conversation organisée à l’École nationale supérieure de Lyon, l’artiste expliquait comment, pour une exposition, elle choisit à l’intérieur du livre des images qui lui permettent de « tirer un fil » qui, par le jeu des associations dans l’espace, permet d’affirmer un propos. Alors, quel « fil » est ainsi tendu à Saint-Fons ?

Monique Deregibus ne pratique pas un art de l’image transitive : les légendes ne précisent pas les lieux ou les moments, les images parlent d’elles-mêmes en maintenant le sens ouvert. Les vues offrent toutefois des motifs récurrents. La plupart du temps des architectures à partir de points de vue surhaussés, des manières de vedute pointant sur des bâtiments aux surfaces éraflées, quand les structures ne sont pas elles-mêmes en péril. Ces espaces héritiers d’une histoire du paysage conceptuel – l’esthétisation de la nature dénaturée – forment le décor abandonné des tragédies historiques. On imagine sans peine quel tourment a précédé le temps des images : des pluies d’obus, des rafales d’armes automatiques, des cris.

Le silence qui règne en chaque photographie résonne du poids de l’histoire. La lumière détourne toutefois ces représentations de tout sentiment dépressif. Une lumière méditerranéenne, avec un soleil haut et des ombres franches, flatte les couleurs et il règne ainsi une atmosphère paradoxale. Cela est moins vrai en considérant les vues réalisées à Odessa, mais il s’agit ici d’organiser une forme de désillusion. En effet, l’artiste confie volontiers qu’elle espérait retrouver après un long voyage l’Odessa révolutionnaire du Potemkin, et qu’elle n’a trouvé là qu’une cité standardisée. Le fameux escalier du film d’Eisentein n’aboutit-il pas à l’Hôtel Odessa ?

Une salle présente de petites images réalisées récemment à Las Vegas. Monique Deregibus revient d’une certaine manière vers un sud américain qu’elle avait beaucoup photographié sur un mode minimaliste il y a de nombreuses années. Désormais, à grand renfort de couleur, elle observe la ville où viennent mourir tous les espoirs de grandeur dans les fastes du kitsch. Les seuls personnages qui apparaissent sont ceux des homeless.

Il y a ainsi dans l’art de Monique Deregibus une tentative de représenter l’histoire, les utopies et des désirs comme s’il en allait d’une fatalité.

Centre d’Arts Plastiques de Saint-Fons 12, rue Gambetta 69190 Saint-Fons Exposition jusqu’au 31 octobre 2008.

Bibliographie : Monique Deregibus, Hôtel Europa, éditions Filigranes, 2006, textes de Jean-Pierre Rhem, Zaia Rahmani.

Illustration : Monique Deregibus, Hôtel Europa, Sarajevo, avril 2001 Photographie couleur, 120 x 140 cm. DR.

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