ANIELLO BARONE Il Magnifico Orrore (L’Horreur Magnifique)

La galerie Pièce Unique, en collaboration avec les Incontri internazionali d’arte, présente actuellement « L’Horreur Magnifique », une exposition d’Aniello Barone. Le travail de ce photographe italien est consacré à l’urgence des déchets qui ont envahi les banlieues de Naples. Le sujet abordé par Barone n’est pas des plus simples à traiter : Naples a été longtemps représentée par les médias à travers les clichés d’une image misérabiliste et dégradée. Comment donner représentation à un tel échec social et environnemental sans tomber dans la rhétorique de l’image choc ? Comment construire un discours en images qui sache se détacher des lieux communs et des instrumentalisations politiques ?

Dans ses travaux précédents (Detta Innominata, éd. Peliti Associati), Barone avait raconté ces mêmes lieux avec un regard intime, saisissant la périphérie et ses habitants à travers les registres lyriques des vues nocturnes, des luminescences du grain et des contre-jours. Pour cette nouvelle création le photographe a recours au style documentaire. Dans des vues panoramiques en noir et blanc de grand format, les banlieues de Naples sont montrées comme un théâtre déserté. Au début du siècle Atget avait déjà découvert le pouvoir que ses images vides avaient d’évoquer les habitants de Paris et leur histoire. Walter Benjamin face à ces photographies s’était demandé : « Mais chaque recoin de nos villes n’est-t-il pas le lieu d’un crime? ». C’est avec ce même pouvoir évocateur et inquiétant que joue Aniello Barone. Soigneusement cadrées, ses imagent montrent des montagnes de déchets qui longent les autoroutes et les usines, cerclent les maisons et les plages et bordent les champs cultivés en empêchant toute vue de l’horizon. Ces photographies sont le regard accablé d’une communauté face au délit accompli : « (…) sans lueur d’espoir - écrit Tahar Ben Jelloun - on s’installe sur le balcon et on contemple les dégâts dont l’homme est capable ». Il s’agit de la prise de conscience d’une métropole, au centre de flux commerciaux et migratoires entre l’Asie, l’Afrique et l’Europe, qui doit faire face aux nouveaux enjeux de l’économie contemporaine. Le choix du style documentaire permet une valeur critique précise : malgré la dégradation qu’elles dénoncent, les images de Barone échappent au cliché de la ville arriérée. L’élégance et l’harmonie des compositions imposent une suspension à l’horreur en offrant un point de départ pour la construction d’une nouvelle représentation de la ville. Ces photographies de Naples devient un « miroir », écrit Barone « dans lequel il est possible retrouver les contradictions qui se consomment entre local et global ». La force de ce travail se mesure aussi par sa capacité à se démarquer des tendances de la critique d’un genre. Aujourd’hui l’on propose une lecture « post-documentaire » de la photographie urbaine selon laquelle les artistes s’intéresseraient moins à la ville qu’a sa notion même de représentation. Le paysage urbain serait le matériel pour construire la « vision » d’une métropole virtuelle. Aux théoriciens de cette « ville spectaculaire » - expression d’une société qui a substitué l’image à la réalité – on peut répondre avec la « Magnifique Horreur » de Barone. Ici les paysages suburbains de Naples, avec les signes de leurs contradictions, s’agencent dans des représentations exemplaires des dangers de notre société de consommation. Ainsi ce travail échappe aux risques des théorisations post-documentaires et des images-clichés des médias, fruits différents d’une même esthétique et idéologie, qui cherche des projections pour cacher la complexité du monde actuel.

Galerie Pièce Unique 4 rue Jacques Callot et Pièce Unique Variations, 26-28 rue Mazarine, 75006, Paris, du 12 avril au 7 juin 2008

(1) “La Città dalla memoria saccheggiata”, La Repubblica. Napoli dans Spettacoli cultura & sport, Società, samedi 12 avril 2008, p.X.

Illustration : Aniello Barone, copyright Aniello Barone, courtesy Pièce Unique Paris

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