The British Landscape à la galerie Vu

L’exposition "The British Landscape" de John Davies à la galerie Vu’ (2, rue Jules Cousin, 75004 Paris), est prolongée jusqu’au 2 février 2008. Quelques jours supplémentaires pour aller se plonger dans les paysages des îles britanniques réalisés entre 1979 et 2005 et saluer l’œuvre d’un des photographes majeurs d’une Angleterre contemporaine qu’il représente pleine de symboles d’une ère industrielle révolue.

Fils d’un mineur de charbon, John Davies considère que son passé lié à la terre a été le principal catalyseur de son travail. «J’ai découvert que j’étais réellement un produit de tout cela, un produit de la relation de ma famille à la terre. Au conflit engendré par leurs différentes origines sociales, leurs structures et leurs perceptions[1].» Ainsi pourrait-on résumer l’essence du travail de Davies, toujours d’actualité, en commençant par les premières photographies de paysage prises dans les montagnes d’Ecosse. Sur ces clichés la nature britannique semble se révéler éternellement en noir et blanc, les couleurs filtrées par un ciel toujours gris, la pluie, le brouillard. Par l’adoption du noir et blanc, considéré «comme une règle indiscutable définissant un style analytique[2]», il tente de donner le meilleur rendu possible de l’atmosphère chère à la tradition du paysage romantique britannique.

Dans l’ensemble des images exposées, le ciel est lourdement chargé de nuages et invite ainsi le spectateur à plonger dans un univers quasi surnaturel. Ciel encore qui nous permet de ne pas nous perdre dans des extrapolations géographiques tant les paysages qui nous sont révélés pourraient être lunaires. La précision des clichés, le détail de chaque roche, chaque courbe cependant reflètent l’intérêt de l’artiste pour la géographie, la topographie et la sociologie de l’espace. En cela la description des paysages de Davies n’entre plus dans le courant romantique et jamais il n’a souhaité faire primer la mélancolie de l’atmosphère ou la contemplation sur l’analyse scientifique du paysage. Sa nature, au contraire de celle peinte par Turner, n’est pas le reflet des tourments de l’âme, elle est l’incarnation du changement provoqué par les éléments aussi bien naturels qu’humains. Ce n’est donc pas une nature vide que donne à voir Davies mais son ''mouvement incessant.

L’Angleterre, premier pays industrialisé a, plus que les autres, modifiée ses campagnes. L’homme est intervenu partout, en construisant, peuplant, détruisant et exploitant les terres. De fait, c’est une campagne qui ne reflète pas la réalité de l’industrialisation, image idyllique longtemps préférée des artistes qui ne savaient comment s’atteler à la photographie de paysage urbain. Davies, lui, relève le défi en conservant son propos: le rapport des paysages britanniques aux éléments. Il garde les mêmes codes: photographies architecturales, ciel important structuré par d’épais nuages, jeux sur les lignes. Là, l’industrialisation est davantage visibles; sur les clichés apparaissent les cheminées d’usines ou de centrales répondant aux clochers des églises, les câbles électriques, les ponts, les trains …et l’homme. Le nouveau s’imbrique dans l’ancien mais sans totalement l’épouser. C’est en somme à une mutation que nous assistons, un paysage hybride sublimé par la netteté des photographies de l’artiste. Ce manque d’homogénéité qui gêne la lecture nous met sur la piste des revendications politiques et écologiques de Davies. L’Ancien, celui des Trente glorieuses, est présenté en décrépitude, sans crédit, à bout de souffle. Le Nouveau, quant à lui, n’est guère plus brillant et incarne l’idée d’un futur largement compromis. Quel est l’intérêt d’un lieu qui a perdu tout but et plus largement quel est donc celui de ce pays ? « En fait, c’est la réalité même de ces conflits au sein du paysage qui m’excite. Nous avons une relation ambiguë avec la terre. Nous dépendons toujours plus de l’exploitation des ressources naturelles mais nous sommes tiraillés entre notre volonté de protéger la nature et d’en tirer parti simultanément[3]!» affirme l’artiste.

A lire/à regarder: J. Davies, J. Glancey, The British Landscape, ed. Chris Boot, 2007. A visiter: www.johndavies.uk.com.
Illustration: J. Davies, Agecroft Power Station, Salford, 1983.

Notes

[1] John Davies: entretiens avec Yves Leers, Visa III, Littoral/le Retour de la nature; John Davies, l’anse de Paupilles Pyrénées Orientales, Filigranes Editions, Trézélan, 2001, p. 11.

[2] Roberta Valtorta, 1999, dossier de presse.

[3] John Davies: entretiens avec Yves Leers, op. cit.

Commentaires

1. Le mardi 29 janvier 2008, 18:07 par herwann

yes clzro, une chance que cette prolongation pour allé vous plonger dans les nuances du gris de John Davies à la galerie Vu

2. Le mercredi 30 janvier 2008, 05:38 par Alain RIO

Rebonjour,

Je me suis permis de reprendre entièrement le contenu de cette info sur notre blog.

Bien amicalement à vous et merci de ce travail de fond que vous exercez:)

3. Le samedi 2 février 2008, 17:44 par laurent

Merci à la SFP pour la réalisation de ce blog très riche en infos pour le photographe amateur et passioné que je suis.

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