Les Singes de Carole Fékété en vitrine

image Pour commencer la nouvelle année de programmation de La Vitrine de la Société française de photographie, nous avons choisi de présenter pas moins de quatre images de Carole Fékété qui occupent la quasi totalité de l’espace donnant sur la rue de Richelieu. Cette série des Singes avait été finement analysée par Larisa Dryansky dans le catalogue Photoespaña 2006 dont l’auteur nous a aimablement fourni la traduction. Nous la donnons ici en appui de l’œuvre exposée en remerciant chaleureusement l’artiste et l’auteur du texte.


«Le singe, par exemple. Quel crédit accorder au spectacle émouvant par lequel il conquiert l'attention de son public ? Ne semble-t-il pas vouloir jouer l'animal pour le spectateur? Ses mimiques appuyées évoquent les attitudes ambiguës des hystériques photographiées par Albert Londe sous l'autorité de Charcot. L'intensité sauvage de ses gestes et de son regard laisse perplexe. Elle semble être la trace d'une violence ou d'une énergie primitives, tout en rappelant la gestuelle insensée d'un bouffon. L'exagération et le caractère grotesque des poses de l'animal sont de fait pour Carole Fékété les éléments d' «une forme de théâtre primitif.» En même temps, l'étonnante variété des expressions du singe est comme l'ébauche d'une taxonomie d'émotions qui n'est pas sans rappeler des traités scientifiques du dix-neuvième siècle. Renvoyant au livre de Darwin sur L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, les images de Fékété composent une série de tableaux dans lesquels le singe interprète des sentiments qui sont, pour la plupart, aisément déchiffrables. Le premier tableau reflète la stupeur mêlée d'appréhension. Le tableau deux pourrait se nommer "La Peur", le tableau trois "L'Effroi". Dans le dernier tableau, enfin, le primate, soudain hilare, exhibe le masque des "monstres" dont raffolent les enfants. Sa gaieté incompréhensible laisse songeur: qui de lui ou de nous est la dupe de l'autre?

«Interrogeant les apparences, la série du singe joue aussi habilement des surfaces. L'animal est représenté derrière la paroi vitrée d'une cage de zoo. La transparence de cette cloison a pour but de créer l'illusion d'observer le singe comme s'il n'y avait rien entre lui et l'observateur. Le corps pressé contre le verre, l'animal semble lui-même être la victime de ce dispositif. Découvrant la photographie pour la première fois, le spectateur pourrait facilement s'y tromper aussi, l'éclair d'un instant. L'effet est troublant: le verre redouble l'objectif de l'appareil photo donnant une immédiateté à la présence de l'animal. Tout se passe comme si nous ne le voyions pas dans la photo mais à travers le viseur. Cependant, la vitre est souillée de traces de doigt et de pluie qui nous rappellent à la réalité de cette barrière. Cette surface quasi immatérielle renvoie ainsi à la surface infiniment mince de la photo tout en pointant les aspects sordides et la nature carcérale du zoo.»

Larisa Dryansky

Commentaires

1. Le vendredi 18 janvier 2008, 00:13 par Peuj

Ce sont ces commentaires qui sont grotesques et qui ne sont que le reflet de l'anthropocentrisme de leur auteur, ainsi que de sa méconnaissance de l'éthologie du capucin moine ici photographié en situation de stress relativement intense, puisque rien n'est montré ici que de la peur et des menaces (bouche ouverte, dents découvertes, posture bipède).
Je ne me permettrais aucun commentaire sur la démarche artistique ni même sur le message des clichés, si tant est qu'il y en eût un. Abstenez-vous donc de commenter des comportements dont vous ne connaissez rien : vous viendrait-il à l'esprit, devant la photo d'un lion qui rugit, que l'animal est en train de sourire au photographe ? Il est tout aussi erroné de penser que ce capucin nous sourit. Sans la "carcérale" vitre, l'auteure aurait sans doute été agressée...

2. Le samedi 19 janvier 2008, 13:14 par lucy Tartan

Il est vrai que le texte n'est pas à la hauteur des photographies.... Et que cela saute aux yeux, même chez quelqu'un qui n'y entend rien au au comportement animal. C'est souvent le cas des textes qui accompagnent des œuvres.... Puisque l'image est image et que par sa forme existe différemment , ou en tout cas en parallèle aux mots, il est rare de lire des textes sensés, sensibles et bien écrits concernant le travail d'un photographe (ou d'un artiste en général). On oublie trop souvent que regarder, analyser, apprécier une image, c'est aussi se taire. (du moins quand on ne sait pas en parler)

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