Transparences et opacité à Monaco

image L'actuelle exposition de préfiguration du Nouveau musée national de Monaco s'intitule "Lumière, transparence, opacité". Jean-Michel Bouhours, conservateur en chef, et Nathalie Rotischer, conservateur, ont conçu cette manifestation autour d’un ensemble de tableaux dioramiques anonymes du XIXe siècle appartenant au musée (collection du Marquis du Périer du Mouriez). Avec une quarantaine de prêteurs et près de 300 oeuvres, la thématique du tableau transparent se décline sur plus de deux siècles, allant des traitements de la lumière artificielle et du clair obscur dans les peintures du XVIIIe siècle aux projections cinématographiques, en passant par les jeux visuels des boîtes d'optique. Parmi les nombreuses photographies, douze ont été prêtées par la SFP. Choisies pour leur sujet ou les caractéristiques de leur procédé, celles-ci ne pouvaient être mieux mises en valeur.

Les photomicrographies de Neyt (v. 1869), montrant la transparence des corps d'acariens ou la radiographie de pied d'Albert Londe (v. 1896) côtoient rayogrammes et vitraux photographiques. Négatifs sur papier, autochromes, dichromie, stéréogramme à parallaxe sont rassemblés dans la "chambre obscure". D'abord invisibles, ces épreuves se dévoilent à l'allumage commandé de la lumière. Pendant quelques secondes, la place de la Concorde (Bayard, négatif sur papier, v. 1848) ou encore le plafond lumineux du salon de l'Automobile du Grand palais en 1912 (Gimpel, autochrome) s'offrent à vous.

image La fragilité de ces pièces n'autorise pas un éclairage en continu et requiert généralement un dispositif complexe de vitrine avec ventilation pour éviter toute émanation de chaleur, très néfaste à leur conservation. Sur les conseils de Jean-Jacques Ezrati, ingénieur du Centre de recherche et de restauration des Musées de France, l’usage de feuilles électroluminescentes a été retenu (voir illustration). D’une grande finesse (moins d’un mm d’épaisseur), ces feuilles ont la particularité de ne pas chauffer. Découpées au format des œuvres, elles sont alimentées par un branchement électrique très discret et se posent directement sur les montages d’exposition. Elles permettent ainsi un éclairement uniforme et efficace sans imposer de structure lourde. Seuls quelques filtres gris entre la feuille et l’œuvre régulent les lux. La Vénus de Médicis de Frederic Ives (stéréogramme à parallaxe, v. 1903, voir illustration ci-dessus) a pu ainsi être accrochée au mur sans difficulté.

Au regard de cet ensemble exceptionnel et de l’enchantement que procure la mise en lumière de pièces rares, on ne peut que regretter qu’une telle exposition n’ait pas d’autre lieu. Le catalogue en prolonge cependant le plaisir avec de nombreux textes couvrant toutes les périodes. Les historiens de la photographie seront plus particulièrement intéressés par l’analyse de Paul-Louis Roubert sur la mutation du goût de l’illusionnisme entre le diorama et le daguerréotype, par la généalogie de la transparence photographique présentée par Clément Chéroux (l’un des commissaires scientifiques de l’exposition) ou encore par l’essai de Guillaume Le Gall sur The Destroyed Room de Jeff Wall.

"Lumière, transparence, opacité", acte II du Nouveau musée national de Monaco, salle d’exposition du quai Antoine Ier et Villa Sauber, 10 octobre-26 novembre 2006.

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