La visée sur écran: les reflex aussi

image Après Olympus, c'est au tour de Panasonic d'annoncer la commercialisation prochaine d'un reflex à visée sur écran. Contrairement aux compacts, dont le capteur enregistre la lumière en continu et autorise par conséquent une visualisation permanente, le système optique des appareils reflex ne permet d'afficher une image qu'une fois enregistrée. Partageant une même architecture, basée sur un prisme de Porro, l'Olympus E 330 et le Panasonic DMC-L1 sont les premiers modèles à rompre avec l'écran aveugle des reflex digitaux.

Cette innovation n'est pas qu'un détail cosmétique: elle témoigne du renouvellement des usages provoqué par la photographie numérique, dont la visée sur écran, importée du monde de la vidéo, restera comme le symptôme le plus visible. Rompant avec une centaine d'années de visée optique, ce dispositif a simultanément apporté le confort d'un meilleur contrôle du cadrage, de nouvelles possibilités de visée et de prise en main, enfin un registre de postures particulièrement reconnaissables, signature de la nouvelle pratique du médium. Il n'est pas certain qu'un reflex, plus lourd et plus encombrant qu'un compact, permette la même liberté de manipulation. Il n'en reste pas moins significatif de doter d'un tel outil ce segment de marché, dont l'évolution était restée jusqu'à présent des plus discrètes. Nul doute que la concurrence observera avec attention la réponse du public à cette "digitalisation" ostensible du monde des reflex.

Références:

Commentaires

1. Le mercredi 1 mars 2006, 11:45 par Didier Roubinet

Le fait de société n'est-il pas aussi dans la jouissance supposée, collective et solitaire, de l'objet technologique, martelée par la propagande publicitaire?
La visée sur écran rassure. Le confort est discutable en extérieur, à cause de la lumière ambiante. Progrès, ou argument marketing?
Certes, le (nouveau) spectacle est dans la rue. Je m'en inquiète souvent, mais je ne m'en lasse pas.

2. Le vendredi 3 mars 2006, 09:09 par André Gunthert

Cher Didier, technologie et marketing font certes bon ménage, mais cela n'est pas vraiment nouveau. Souvenez-vous du Kodak qui, dans son célèbre slogan ("You press the button"), mettait astucieusement en avant un organe dont l'usage grand public constituait une innovation, et signifiait l'instantanéité de la commande.

D'accord pour les problèmes de confort en extérieur, mais un viseur riquiqui, ce n'est pas terrible non plus. Là où l'écran de visée apporte un véritable plus, c'est dans le contrôle et la composition de l'image - avant tout parce que le référent visuel qu'il présente est analysé comme étant déjà une image. Un défaut typique de la pratique amateur réside par exemple dans l'absence de contrôle des arrière-plans: en se concentrant sur son sujet, le photographe oublie de vérifier ce qui se passe dans les lointains, ce qui peut réserver des surprises. Ce défaut est beaucoup plus facile à corriger sur écran, de même que certains effets de coupe. En bref, on ne voit pas la même chose dans un viseur et dans un cadre - ce que n'ignoraient pas les photographes du XIXe, qui faisaient plus volontiers leur mise au point sur dépoli. Il est intéressant de constater que l'écran numérique grand public, avec évidemment quelques différences, renoue avec un type de visualisation qui était celui des chambres - ou encore des moyens formats professionnels.

Mais il n'y a pas que le contrôle du cadrage. Ce que permet l'écran de visée est typiquement une plus grande liberté de manipulation de l'appareil, avec des angles de prise de vue qui étaient auparavant, sinon strictement impossibles, en tout cas d'un usage rare, puisqu'ils ne pouvaient s'effectuer qu'au jugé. Repasser du compact numérique au reflex numérique fait éprouver douloureusement cette restriction des angles de visée. Il est d'ailleurs amusant de voir qu'un reflex sera alors volontiers manipulé au jugé, de façon à restituer cette liberté à laquelle les compacts numériques nous ont (déjà) habitué. C'est la raison pour laquelle les dispositifs d'Olympus et Panasonic me paraissent des innovations intéressantes, et pas seulement des gadgets. Rendez-vous dans un an ou deux, quand le marché aura tranché!

Voir, là encore: http://audioblog.fr/archives/2006/03/03/...

3. Le samedi 4 mars 2006, 14:17 par Didier Roubinet

Tout dispositif conditionne l'image qu'on fabrique. La visée réflex favorise la mise au point mais noie le regard dans l'image, le viseur télémétrique privilégie une géométrie "dynamique" de la composition. Entre les deux, l'écran LCD, comme le dépoli de la chambre, donne à voir un espace plus statique, "pré-mâché" en deux dimensions.
Tant qu'on a le choix, aucun problème, mais l'a-t'on encore vraiment? Certes, le marché tranchera, mais la majorité a-t'elle toujours raison? Bienvenue dans le meilleur des mondes, la dictature de la courbe de Gauss…

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