Création du Conseil supérieur de la photographie

image Le Conseil supérieur de la photographie (CSP) s’est réuni pour la première fois lundi 13 janvier dans les locaux du ministère de la culture, rue de Valois, sous la présidence de Renaud Donnedieu de Vabres. Créée par arrêté en date du 30 janvier 2006, cette institution remplace la Commission nationale de la photographie (créée le 13 octobre 1989). Elle compte seize membres de droit (les directeurs de l’architecture et du patrimoine, des archives de France, du Centre national de la cinématographie, du Livre et de la lecture, de la Direction des musées de France, du Centre national des arts plastiques, de l’association du Jeu de Paume, de l’École nationale supérieure de la photographie, de la Maison Européenne de la photographie, les présidents du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, de la Bibliothèque nationale de France, de l’Établissement public du musée d’Orsay, de la Société française de photographie, le délégué aux arts plastiques, l’administrateur général de la Réunion des musées nationaux et le chef de service de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine), ainsi que quinze personnes qualifiées, dont six représentants des institutions photographiques territoriales (François Cheval pour le musée Nicéphore Niépce, Elisabeth Guimard pour le musée français de la photographie de Bièvres, Béatrice Didier pour le Centre régional de la photographie de Cherbourg-Octeville, François Hébel pour le festival des Rencontres internationales de la photographie de Arles, Jean-François Leroy pour le festival Visa pour l’Image à Perpignan et Marie-Thérèse Perrin pour le Printemps de Septembre à Toulouse), et neuf personnes choisies en raison de leur compétence dans le domaine de la photographie (Éric Delamare, président de l’Union des Photographes créateurs, Valérie Jouve, artiste, Martine Frank, photographe et présidente de la fondation Henri Cartier-Bresson, Michel Frizot, historien de la photographie, Jean-Pierre Changeux, président de la commission des dations, Chantal Soler, directrice adjointe d’agence photographique, Maryse Cordesse, présidente de l’association des amis Jacques-Henri Lartigue, Alain Paviot, galeriste et Bernard Utudjian, galeriste).

Le ministre a indiqué les missions de cette nouvelle instance qui est en charge d’une réflexion sur les problèmes que pose la photographie dans sa diversité afin de mettre en adéquation les idées et les expériences vécues par les acteurs. Les grands chantiers que constituent la protection des auteurs, la numérisation des collections, l’aide aux créateurs et le service public en matière patrimonial sont ainsi réaffirmés comme prioritaires. Le ministre a toutefois tenu à répondre par avance aux critiques qui ont été formulées concernant les conditions de conservation des donations photographiques faites à l’État. Il s’agit, selon lui, d’un mauvais procès auquel il est prêt à répondre point par point. Pour cela, il annonce avoir confié à un fonctionnaire du Patrimoine la réalisation d’une mission d’étude dont un rapport d’étape sera remis en avril prochain et dont les résultats seront connus en juin 2006. Les principaux responsables de collections publiques ont ensuite rappelé la richesse de leurs patrimoines et insisté sur leurs politiques de diffusion commerciale. Toutefois, si l'emploi des termes "récolement" ou "conservation" pouvait faire penser à l'ébauche d'un plan de travail, on en sera pour ses frais, puisque rien de tel n’est envisagé – seule la consultation des membres semble devoir initier tout engagement en la matière. La parole passe aux membres extérieurs qui, pour l’essentiel, ont fait valoir certaines doléances (la paupérisation du métier de photographe, le manque de moyens des directeurs de festival), auxquelles il a été répondu que le CSP était précisément créé pour que l’on puisse interpeller directement l’exécutif… Du côté des institutionnels, le maître-mot aura été "coordination": chacun est appelé à mutualiser les efforts (notamment financiers), afin de porter des projets d’ampleur internationale. A ce titre, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, secrétaire du Conseil, tient toutefois à rappeler l’action de l’État à l’échelle internationale depuis de nombreuses années.

En coulisses, les représentants de l’État sont partagés. D’un côté, le doute persiste sur l’intérêt d’un tel organisme, de l’autre, on refuse de se laisser aller au pessimisme. On partagera en partie cette réaction, car les initiatives, bien que moins dotées ces dernières années, existent et se développent sur un mode nouveau, c’est-à-dire sans compter sur la tutelle financière de l’État. Ce dernier, de l’avis d’une source proche du ministre, n’ayant "plus un sou" pour aider comme on l’a fait si longtemps l’action culturelle dans le domaine. Les barons de la photographie se tournent même vers le pouvoir pour se faire ouvrir les portes des grands mécènes! A ce stade, on se surprend à penser qu’une nouvelle page d’histoire s’écrit, et que l’avenir est plutôt du côté de ceux qui ont compris que l’État, s’il reste de toute évidence un acteur, est moins un partenaire aujourd’hui que les régions, l’Europe ou les mécènes. Contacté à la suite de cette réunion inaugurale, le plus important d’entre eux dans le domaine nous confiait qu’il s’attendait à être encore plus sollicité demain. Quoique son nom n'avait pas été prononcé dans la salle des Maréchaux, ils étaient sans doute nombreux à penser à lui pour l’avenir de leurs projets.

Illustration: extrait de la série "Máze", 2005, photo, © et courtesy Céline Clanet.

Commentaires

1. Le mardi 14 février 2006, 20:32 par Yves Lebrec

On prend les mêmes et on recommence, avec un nouveau nom, nouvel habillage, nouveau logo... Et surcoût pour les finances publiques?

2. Le mercredi 15 février 2006, 09:43 par Didier Roubinet

Ne faudrait-il pas décoder cette "création" au regard de la rhétorique enarchienne?

A lire entre les lignes le discours du ministre, le problème ne tournerait-il pas autour du Jeu de Paume, à commencer bien sûr par cette affaire des donateurs, mais aussi par les apparentes bouderies du public? A-t'on des chiffres sur la fréquentation du musée? Pour mémoire le mandat de son actuel directeur arrive à échéance fin 2006.

Je verrais un double avantage à cette nouvelle commission: éloigner un problème trop immédiatement désagréable, et anticiper sur un autre vrai germe de crise dans le champ du ministère de la culture. Bientôt des essais d'OGM au Palais-Royal?

3. Le vendredi 17 février 2006, 12:09 par Catherine Harmant

Je suis très en colère de toutes ces couleuvres que veulent nous faire avaler les politiques et notamment notre cher ministère de la Culture. Ou en colère, tout simplement, de notre propre aveuglement. Voulons-nous vraiment voir la vérité?
RDDV a t-il vraiment du pouvoir? comme Aillagon avant lui? Toutes ces tactiques pour nous faire croire qu'il n'y a plus d'argent pour la culture en général sonnent faux! Il s'agit d'une volonté politique parfaitement assumée que de ne plus vouloir verser un euro pour la photographie et autres parents pauvres de la culture.
Car de l'argent il y en a et il est même loin de manquer.
"Mais il est dépensé avant même que la moindre délibération ait lieu pour en discuter".
Voici quelques petites phrases tirées d'une excellente enquête menée par Daniel Conrod de Télérama sur ce fameux ministère. Je ne resiste pas à en vous en transcrire quelques passages: "S'il n'y a pas de débat démocratique, il y a le Louvre, Beaubourg, l'Opéra de paris, la Bibliothèque de France, qui a eux seuls consomment le quart du budget culturel de l'État"! soit. Qui oserait en discuter? "Chaque nouveau président de la république voulant laisser une trace de son passage ici-bas, bientôt s'ouvriront notamment le musée du quai Branly (2006), la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (2007) ou encore le musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditérannée à Marseille (2010), toutes institutions dont il faudra réunir, année après année, centime après centime, le budget de fonctionnmement" sans parler des 40.000 monuments que compte notre patrimoine national, qu'il faut préserver, rendre accessibles etc... tout comme il faut permettre aux jongleurs de jongler, aux danseurs contemporains de faire de la danse contemporaine, aux chanteurs à texte de chanter du texte, etc" ..."tout le monde s'est cassé les dents sur ce nouveau paradoxe. Comment protéger le passé et encourager l'avenir, articuler la logique de gestion et l'impératif des missions? Il n'y a que les lobbies tout-puissants du ministère de la Culture pour ne pas déceler la schizophrénie de l'entreprise. Il n'y ont nul intérêt; de là aussi vient le mal, des multiples arrangements avec la vérité". Je vous passe les détails (forts interessants, mais je ne peux hélas vous transcrire tout le texte). Pour finir, "si le ministère de la culture est effectivement devenu un grand malade, il n'est pas le seul de son espèce au gouvernement. L'Education nationale ou la recherche ne le sont pas moins... Le mal dont souffre la culture tient à ce que lui manquent tout à la fois de la démocratie (qui décide de quoi et à quel titre?) de la philosophie (dans quel but fait-on cela?) et de la politique (quelque chose peut-il être changé?). Plus il a vu ses moyens et ses missions grandir, plus le ministère de la Culture s'est interdit de penser; Plus il s'est empêché de regarder le monde en face, moins il s'est soucié des autres. Plus il s'est replié... comme il n'avait de dialogue utile qu'avec des artistes infantilisés ou instrumentalisés"(1).
Alors, la photographie dans tout cela? Quand on met un Régis Durand à la tête du Jeu de Paume, qui affirme le jour de son inauguration (juin 2004) que: "La photographie a toujours occupé une place fluctuante par rapport aux autres formes de représentation, notamment face à la peinture au XIXe siècle. En libérant la photographie de la représentation stricte du réel et en donnant à toute image la possibilité de migrer d'un medium à l'autre, la révolution numérique a renforcé cette instabilité. Il semble que la photographie a atteint le terme de son évolution historique (sic! ndlr). Cette mutation technologique et ce changement de nature conduisent donc à réflechir et à revenir sur l'histoire du medium, à s'interroger sur sa fonction dans le champ large de l'image"(2).
Comment voulez-vous qu'un ministère de l'illusion culturelle ne profite pas de cette brèche pour se laver les mains de l'avenir de la photographie?
Et le futur EPIC-Jeu de Paume qui devait voir le jour (janvier 2005) après accord du ministère des finances?
Aux oubliettes sûrement... Les polichinelles de la culture sont partis danser dans les jardins d'un pouvoir qu'ils n'ont pas. Incapables même de maîtriser des dossiers, normalement de leur compétence, comme la question des droits d'auteurs...
Il faudra bien se débrouiller sans eux. Ou les obliger à coopérer?

(1) "Le ministère des illusions perdues", Télérama, n° 2924, 28 janvier-3 février 2006, p. 48-52.
Avec une excellente bibliographie sur la politique culturelle en France pour prolonger le débat.
(2) Dossier de presse distribué à la presse le jour de l'inauguration du jeu de Paume en juin 2004.

4. Le vendredi 17 février 2006, 16:15 par Amir Casar

Quels que soient les effets de manche ministériels, tout le monde pense que l'opération familièrement dénommée "Jus de Pomme" a eu d'abord et avant tout pour mission de réduire trois budgets en un. Quant aux picaillons manquants côté photo, il suffit de regarder du côté de la nouvelle Cinémathèque pour constater qu'ils ne sont pas perdus pour tout le monde. On est tous ravis pour le cinéma, qui méritait bien ça. Pour les photos, c'est plutôt: "Press the button" - et débrouille-toi tout seul...

5. Le dimanche 5 mars 2006, 08:33 par Yves Lebrec

Je n'y vois pas de responsables de collections patrimoniales privées qui pourraient avoir des avis différents et neufs sur la question qui préoccupe cet article et pour laquelle la commission a été créée. Cela reste une vieille histoire de famille entre cousins (Alain Paviot, Agnès de Gouvion Saint-Cyr...) Enfin cette commission a le mérite d'exiter, mais on aurait souhaité voir renouveler les personnes y siégeant...

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