L’art photographique publicitaire

   En novembre 1935, le rédacteur en chef de la revue L’Instantané, Journal mensuel de tout amateur photographe Frédéric de Lanot donne à la séance de Section critique une causerie sur « L’art photographique publicitaire ». Construit en deux temps, son exposé retrace l’histoire de la publicité de son origine divine – Lamartine à l’appui – au croisement de la presse illustrée et de la photographie. Pour lui,

« L’histoire de l’art, l’archéologie, l’ethnographie, la médecine, la physique, la stratégie, l’astronomie, ont mis à profit l’écriture lumineuse ; fatalement, elle devait devenir un moyen de publicité. C’est qu’aujourd’hui l’art de la publicité a non seulement conquis sa liberté, ne s’est pas seulement affranchi de tout joug étranger, mais est devenu un mode d’expression artistique d’une richesse et d’une complexité qui lui permettent de se développer selon ses propres lois. » 1

La photographie publicitaire qu’il qualifie de moderniste occupe la seconde partie de son argumentaire, illustré de plaques dont la SFP conserve cinquante-six des soixante-dix-sept photographies initialement projetées. Numérotées et décrites dans le compte-rendu publié dans le bulletin, ces images composent un panorama de la photographie publicitaire des années 1930 telle que la perçoit un rédacteur de presse face au succès des productions graphiques d’un Cappiello ou d’un Cassandre. Sous l’égide de Man Ray dont l’apport « fut de donner un sens plastique aux choses inanimée » se suivent des images publiés dans la presse illustrée comme celles d’André Vigneau (proche d’Emmanuel Sougèz et auprès duquel se forme le jeune Doisneau) que la BnF avait exposé en 2005 dans Objets dans l’objectif ; celles de René Zuber du Dam Studio ou de Germaine Krull. Les photographes attachés au studio Deberny et Peignot, éditeur de la revue Art et métiers graphiques, orientent spécifiquement l’exposé sur la place de la réclame dans la presse, et les clichés que George Hoyningen-Huene réalise pour Vogue, sur la photographie de mode.  Avec le baron balte, la photographe la mieux représentée dans cette sélection de Frédéric de Lanot est Laure Albin-Guillot. Elle publie d’ailleurs l’année suivante  les mêmes vues dans un essai 2 consacré à la photographie publicitaire dans la Nouvelle Bibliothèque Photographique dirigée par Louis-Philippe Clerc, membre de la SFP depuis 1897.


Sélection d’images :

Man Ray,  The Moon. Série Électricité pour la Compagnie parisienne de distribution d’électricité, 1931, plaque de projection, n°5, FRSFP_0915_PP_0001

 

André VIGNEAU, Publicité pour le chausseur Perugia (parue dans Le Professionnel photographe, n°58, 1929), plaque de projection, n°8, FRSFP_0915_PP_0004

 

Laure ALBIN-GUILLOT, Publicité pour l’apéritif Cusenier, plaque de projection, n°57, FRSFP_0915_PP_00037

 

René ZUBER, Couverture de la revue Vendre de Paul Nicolas, 1932, plaque de projection, n°61, FRSFP_0915_PP_00041

 

George HOYNINGEN-HUENE, Robe Corbis par Madeleine Vionnet pour Vogue, plaque de projection, n°76, FRSFP_0915_PP_00055

 

                                 

 1 Bulletin de la Société française de photographie, 1932, p.248
 2 Laure Albin-Guillot, La photographie publicitaire, Gauthier-Villard, collection Nouvelle bibliothèque photographique, Paris, 1933

 

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